Bibliofilia # 26 “Cinq études d’ethnologie”

“Les connaissances que la science occidentale en ce milieu du XXème siècle possède en matière d’ethnographie, branche du savoir aujourd’hui constituée en discipline méthodique, permettent d’affirmer qu’il n’existe pas un seul groupe humain qu’on puisse dire à “l’état de nature”.

Pour en être assuré, il suffit de prendre en considération un fait aussi élémentaire que celui-ci : nulle part au monde on ne trouve de peuple où le corps soit laissé à l’état entièrement brut, exempt de tout vêtement, parure ou rectification quelconque (sous la forme de tatouage, scarification ou autre mutilation), comme s’il était impossible, si diverses que soient les idées dans le domaine de ce qu’en occident on nomme la pudeur, de s’accommoder de ce corps en le prenant tel qu’il est de naissance. L’homme à l’état de nature est, en vérité, une pure vue de l’esprit, car il se distingue de l’animal précisément en tant qu’il possède une culture, dont mêmes les espèces que nous considérons comme les plus proches de la nôtre sont privées, faute d’une intelligence symbolique suffisamment développée pour que puissent être élaborés des systèmes de signes tels que le langage articulé et fabriqués des outils qui, valorisés comme tels, sont conservés pour un usage répété. S’il n’est pas suffisant de dire de l’homme qu’il est un animal social (car des espèces très variées d’animaux vivent elles aussi en société), il peut être défini comme un être doué de culture, car, seul de tous les êtres vivants, il met en jeu des artifices tels que la parole et un certain outillage dans ses rapports avec ses semblables et avec son environnement.”

Michel Leiris, Cinq études d’ethnologie, 1951

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“Cinq études d’ethnologie”, de Michel Leiris, Denoël Gonthier, 1969.
Michel Leiris (Julien Michel Leiris) nasceu no dia 20 de Abril de 1901 e faleceu a 30 de Setembro de 1990. Foi um escritor, etnólogo, poeta e crítico de arte francês. No final da década de 1930, foi um dos elementos do célebre Colégio de Sociologia, um grupo de intelectuais franceses (fundado por Georges Bataille, Roger Caillois, Pierre Klossowski, Jules Monnerot, Pierre Libra, e Georges Ambrosino), que tinha por principal objectivo a discussão teórica da Sociologia Sagrada.
Este pequeno livro, tal como o título indica, é constituído por cinco ensaios: Race et Civilisation, L’ethnographe devant le colonialisme, À travers «tristes tropiques», Regard vers Alfred Métraux, e Communication au congrés culturel de la Havane. Da sua leitura retenho a oposição do autor a Jean-Jacques Rousseau. Este último efectuava a diferenciação entre o Homem no estado natural e o Homem no estado da cultura. O pressuposto do Direito Natural ao qual Leiris se opõe é o da existência de uma natureza humana. Para Michel Leiris, não existe Homem no estado natural (sendo esta concepção apenas o desenvolvimento de uma visão teórica sem uma verdadeira fundamentação concreta), por consequência o conceito de “Direito Natural” torna-se problemático. A outra nota vai inteiramente para o tom elegíaco do olhar retrospectivo de Michel Leiris sobre Alfred Métraux, etnólogo suíço especializado no estudo de alguns povos da América Latina e do Vodu haitiano.

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